LE BIEN COMMUN / THE COMMUN GOOD 
Bordeaux, Grand Parc, Novembre 2016

Façade de la Bibliothèque du Grand Parc. Cette fresque vient conclure le projet Mitoyen(ne-s) mené dans le quartier du Grand Parc à Bordeaux de septembre à novembre 2016 - projet de l'association Pôle Magnetic, avec le soutien de la Drac Nouvelle-Aquitaine, en collaboration avec MC2A, les Bibliothèques de Bordeaux, la Mairie de quartier et les acteurs locaux.  

Front wall of the Grand Parc's Library. This mural painting concludes the project "Mitoyen(ne-s)" ("Commun Walls"), conducted in the neighborhood of the Grand Parc in Bordeaux. 

LE BIEN COMMUN

Note d’intention - 2016

 

C’est en m’appuyant sur un désir de la Bibliothèque du Grand Parc d’animer ses murs extérieurs que j’ai choisi cette façade pour mon intervention, panorama au ras-du-sol dans une arène de bâtiments tout en hauteur.ça me plaisait d’avoir les pieds au sol - intuitivement c’était de la terre que je souhaitais parler : quel sol commun pour tant de murs?
 

Après ma semaine de résidence en septembre à l’Annexe B ( association MC2A), durant laquelle je me suis essentiellement consacrée à l’enquête et à la rencontre, j’ai gardé du Grand Parc un goût de grand quartier populaire, dans lequel l’attachement à la mixité, à la l’identité sociale comme corps-classe età l’histoire de son quartier avait depuis les années 60, gardé un peu de son vivant - et quelques uns de ses acteurs. C’est donc du côté de la fresque populaire que j’ai souhaité m’inscrire, en travaillant à une guration à même de convoquer 3 imaginaires, 3 narrations : la scène de marché, la scène de labeur (rural), et en n, la scène d’exode. Pour fabriquer une scène répondant à ces trois registres, j’ai mêlé des gures croqués sur le quartier pendant mon séjour à des personnages empruntés aux peintures réalistes, grandes compositions de la vie des petites gens, de Léon-Augustin Lhermitte.

 

La scène de marché :
Par essence lieu d’échanges et de rencontres, c’est à la galerie marchande du quartier et au marchédu samedi que s’opère encore un peu de la rencontre. Lors de mes voyages et de mes résidences, j’ai toujours prêté une attention particulière aux espaces marchands ouverts : là où s’échange le comestible s’échange aussi la parole, l’anecdote, la mémoire. C’est parfois le seul lieu public dans lequel il paraît légitime - notamment pour les femmes - de traîner et de dispenser rumeurs et conseils, de participer à la fabrique orale d’un quartier. Au Grand Parc comme ailleurs c’est l’implantation des grands centres commerciaux que l’on redoute, le changement des habitudes, la voiture individuelle qui y emmène et ramène chez soi sans se croiser, et les portes d’appartement anonymes et closes.Le marché dans ma pratique, déploie une gure de la résistance du petit face au grand - et l’échange et la charge des fruits, devient tractation d’identités et de référents culturels communs.


 

La scène de labeur : (ce qu’il faut de terre à l’homme)

Figures de récolte et faciès paysans sont venus se mêler aux personnages. Dans cette allusion au rural on retrouve aussi un peu du sol perdu - celui, inondé et insalubre, des cressonnières sur lesquels la cité est bâtie, et celui, laissé en arrière, que les agriculteurs travaillaient en Algérie avant les premiers rapa- triements des années 60, qui ont contribué à forger le quartier. Le travail du sol et, une fois encore, le comestible, m’ont semblé être un bien et un savoir-faire commun, oublié aujourd’hui sous les couches citadines. C’est de clémentines que mes personnages sont chargés : fruit hybride et précoce issu de la colonisation, c’est avec cette richesse d’ailleurs que les migrants d’alors sont venus s’installer.

 

La scène d’exode :

C’est une simple astuce de représentation qui permet d’installer cette sensation : mettre en mouve- ment ses personnages, les tendre vers un horizon commun. Depuis le début de la réalisation de nom- breuses personnes me demandent si c’est à propos des migrants. Si l’on parle de « ces migrants-là », comme si ceux d’autres époques n’étaient pas fait de bras, de jambes, de bagages et de biographies déracinées.C’est à la fois des mouvements de population venus forger le quartier dont je souhaite parler, en outant la datation possible ; c’est aussi la mémoire qui s’en va et se perd, avec le vieillissement des premiers habitants. C’est le mouvement du sud au nord, du rural à l’urbain, de la mémoire vive à la légende vague, du populaire au gentri é, du patrimoine au pittoresque. On est au milieu de tous les glissements, saisis et isolés dans un instant de la narration où l’on ne sait pas encore, si l’on est vrai- ment parti, s’il y a un point d’arrivée, si la route est longue. Le sujet n’est pas exact : c’est le sentiment qui se devait de l’être.

 

La bibliothèque/le langage/la mémoire comme bien commun : qu’en emporte-t-on?

Enfin et dans un registre plus évident, lier marché et bibliothèque me semble naturellement évoquer les livres que l’on dévore, les essais qui nourrissent, la poésie dont on mâche et remâche les tournures jusqu’au jus des mots ; livres publics, fait de ce «trésor commun» qu’est le langage, et dont l’appropriation se fait le temps de l’usage seulement, avant de les remettre au collectif précieux.

 

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Photo : Luka Merlet

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Photo : Domi Capblanne

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Photo : Luka Merlet

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Photo : Luka Merlet

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Photo : Luka Merlet

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Photo : Luka Merlet

WORK IN PROGRESS

photos de Luka Merlet et de Dominique Capblanne.

 

Mitoyen(ne-s)

- film - 15' - novembre 2016 
 

Un film de Rouge et Luka Merlet, - court-métrage en 3 chapitres que nous avons souhaité suspendu entre le documentaire, le journal de bord et le manifeste - dans lequel nous tentons de rendre compte du déroulement et des intentions de la résidence au Grand Parc, avec notament, la résidence en atelier à l'Annexe B, l'exposition à la galerie éphémère du centre commercial avec l'association MC2A pour les journées du Patrimoine, la refonte d'un propos en cours de route, la production de formes destinées à la rue, des collages urbains, et enfin, la réalisation de la fresque de la Bibliothèque du Grand Parc.